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Patrimoine culturel et naturel du parc de Zaghouan

 

Pertinence de l’étude de cas en Tunisie

La ville de Zaghouan et sa région offrent un patrimoine tangible varié et riche, avec son site archéologique du célèbre Temple des eaux et ses multiples installations hydrauliques, son centre historique avec ses mosquées, marabouts et autres monuments islamiques, ses sites archéologiques antiques environnants et sa ville moderne, mais aussi immatériel, qui se manifeste essentiellement dans les traditions des Morisques, importées d’Espagne et perfectionnées au contact de la culture « tunisienne ». Ces traditions vont de la dextérité dans le domaine de l’artisanat traditionnel, de l’art culinaire aux pratiques sociales et rituelles liées au culte des saints de la ville, ainsi que le savoir-faire des Zaghouanis dans la gestion de l’eau et, plus largement, la nature environnante. Elle est aussi connue pour son patrimoine naturel, avec ses sources thermales, sa montage avec ses multiples grottes, sa flore et sa faune.

Ce patrimoine culturel et naturel nécessite une mise en valeur afin de contribuer au développement économique de la ville par le biais d’un tourisme culturel et écologique. C’est là où réside l’originalité et le choix judicieux du site de Zaghouan, à la fois parc écologique avec ses ressources naturelles diverses et variées, et lieu de créations architecturales antiques et modernes.

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Fig. 1 : Site archéologique du Temple des eaux.

PRESENTATION DU PARC DE ZAGHOUAN

Situation géographique

La ville de Zaghouan, siège du gouvernorat qui porte le même nom, est située au nord-est de la Tunisie, à 55 km au sud-est de la capitale Tunis, à 53 km de Hammamet et à 100 km de Sousse à l’Est. Elle est surtout située dans un carrefour de communication entre plusieurs gouvernorats de la Tunisie (Béja, Manouba, Ben Arous, Nabeul, Sousse, Kairouan et Siliana) et entre plusieurs sites archéologiques et touristiques.

Elle compte actuellement une population d’environ 20.000 habitants et s’étend sur une superficie totale de 2820 km2.

De cette superficie globale, l’espace urbain occupe seulement 2,7 km2 dont une médina de 0,8 km2 et un parc archéologique protégé, celui du Temple des eaux, qui s’étend sur 32 hectares.

Elle occupe un site favorable à un urbanisme étalé et étagé car elle est établie à une altitude de 174 mètres, en contrebas du versant septentrional de la montagne de Zaghouan dont le sommet culmine à 1295 mètres.

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Fig2  Vue aérienne de la ville et de son environnement

 

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Fig. 3 : Carte archéologique de la région de Zaghouan

 

BREF HISTORIQUE

La ville dont le nom vient de la montagne au pied de laquelle elle est édifiée, occupe peut-être l’emplacement du site antique connu sous le nom de Ziqua. De ce site, il ne subsiste qu’une porte triomphale et le Temple des eaux.

Ces témoignages archéologiques antiques attestent de la grandeur de l’art architectural romain et de l’importance de l’eau dans la région depuis cette époque.

Conquise au VIIe siècle par les musulmans, la ville rebâtie sur l’emplacement antique fut depuis lors gouvernée successivement par les Umayyades et Abbasides, les Aghlabides, les Fatimides, puis les Hafsides avant d’être envahie par les Espagnols. Au XVIIe siècle, elle fut reconstruite sur l’emplacement même de la ville romaine par les immigrés Morisques, qui s’y installèrent, attirés par l’abondance et la qualité des sources d’eau. Habiles artisans et agriculteurs, ils introduisirent leur culture et savoir-faire, comme l’art du jardinage, dont subsiste toujours l’empreinte.

 

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Fig. 4 : Arc de triomphe antique.

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 Fig. 5 : Vue d’ensemble du site archéologique de Zaghouan.

 

LE PATRIMOINE ARCHITECTURAL DE ZAGHOUAN

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Fig. 6 : Parc archéologique du Temple des eaux (N. Ferchiou, Le chant des Nymphes, Tunis, 2008, p. 53).

Le Temple des eaux : Le Temple des eaux date de l’époque romaine. La décision de son édification remonte au règne de l’empereur Hadrien, lorsqu’il visita l’Afrique en 128 ap. J.-C alors que la sécheresse sévissait dans le pays depuis quelques années. La construction de ce monumental complexe hydraulique et architectural, qui nécessita quelques décennies et s’est prolongée sous le règne de l’empereur Antonin, visa à alimenter en eau Carthage par la captation de l’eau abondante des sources de la montagne de Zaghouan via des aqueducs longs de 132 Km, qui conduisaient jusqu’à 32 millions de litres d’eau par jour.

La plate-forme supérieure du Temple des eaux est constituée d’un hémicycle, bordé d’une galerie de colonnades interrompue en son milieu par une chapelle qui accueillait l’autel consacré à la divinité des Eaux et qui a été aménagé juste au-dessus du captage de la source. Si la chapelle axiale est encore en place, de la galerie et des statues qui l’agrémentaient dans les niches, il ne reste plus grand-chose si ce n’est quelques lambeaux et, surtout, l’impression de majesté qui se dégage du monument.

En revanche, en contre-bas du parvis, on peut admirer le superbe bassin en forme de trèfle qui emmagasinait l’eau avant son acheminement par conduite souterraine, puis en aqueduc vers sa destination finale : Carthage.

L’aqueduc Zaghouan-Carthage : Ces aqueducs, édifiés au IIe siècle par les Romaines, furent dévastés puis négligés par moments par les Vandales et leurs successeurs. Puis, restaurés par les Byzantins et les conquérants arabes et de nouveau délaissés et négligés jusqu’à l’avènement des Fatimides. Au XIIIème siècle, le calife hafside Al-Mustansir Billah, les restaure et les relie, vers 1250-1267, par un tronçon passant par le Bardo, aux parcs et promenades de Ras al-Tabiya, aux jardins et au grand bassin d’Abu- Fihr de l’Ariana et à la Mosquée de la Zaytouna. Ils furent ensuite saccagés et délaissés.

Si le projet remonte à Hadrien, le chantier des termes d’Antonin à Carthage qui semble avoir été l’aboutissement de l’aqueduc n’a commencé que vers 145-146, date à laquelle l’oeuvre semble avoir été en construction. La décoration des bains n’a été achevée qu’en 162 sous le règne de Marc Aurèle. La chronologie de la construction des nymphées, à la fois temples dédiés aux divinités de l’Eau et fontaines publiques, demeure inconnue.

Cette oeuvre architecturale monumentale se présente sous la forme d’un complexe qui comprend outre la branche l’aqueduc principal de Zaghouan, long de 90, 431 km, les canalisations secondaires de Ain Jouggar, Ain Jour, Aïn Bent Saïdane et Ain Sigal. Elle comprend aussi trois nymphées, celles de Zaghouan, Ain Jouggar et Ain Jour. Elle comprend enfin de grands réservoirs emmagasinant l’eau acheminée jusqu’à Carthage et ses édifices.

Les années 1859-1862 ont connu une remise en état de tout l’ouvrage, à l’exception des secteurs sur arcades, trop ruinés pour être utilisables. D’où le recours à des siphons pour franchir les vallées ainsi que l’aménagement d’un nouveau tronçon se dirigeant directement sur Tunis, au lieu de contourner la Sebkha Sejoumi par l’ouest et le nord. La direction du chantier fut confiée par le bey Mohamed Sadok à l’ingénieur français Pierre Colin.

De nos jours, une bonne partie de l’aqueduc romain, édifié il y a plus de mille huit cent ans, est encore fonctionnelle et draine l’eau de Zaghouan jusqu’à Tunis, qu’elle alimente encore en partie.

 

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 Fig. 7 : Circuit antique de l’eau Zaghouan-Carthage (N. Ferchiou, Le chant des Nymphes, Tunis, 2008, p. 42-3 et 53).

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Fig. 8 : L’aqueduc Zaghouan-Carthage.

L’HERITAGE MORISQUE

L’apport fondamental des Morisques dans le domaine de l’urbanisme et de la vie urbaine apparaît clairement dans leurs fondations. En effet, ils ont édifié complètement ou partiellement une vingtaine de localités, dont Zaghouan. Ces villes se distinguent essentiellement par un plan régulier et symétrique dans lequel la place est le repère urbain de référence.

La place dans les villes morisques de Tunisie est centripète, point d’aboutissement de l’axe principal. D’autres rues peuvent également converger vers elle. En effet, la place dans les cités andalouses est le centre de la vie de la communauté citadine ; elle est le cadre permanent des manifestations urbaines, elle est l’espace public par excellence.

Tout d’abord, elle se constitue en un espace commercial, puisqu’elle est entourée de boutiques qui regroupent les activités artisanales et de négoce; et c’est là que se tient le marché hebdomadaire. La place se présente aussi comme un espace religieux, généralement bordée par une ou plusieurs mosquées où se pratiquent les prières quotidiennes, le prêche du vendredi et les processions dues aux festivités religieuses. Enfin, la place est un espace de distraction.

Le centre historique de Zaghouan occupe une position centrale et en hauteur dans la ville. Il représentait, aux premières décennies du siècle dernier, l’essentiel du tissu urbain de la ville. Durant cette période coloniale le tissu urbain ancien a connu de grandes transformations, dues à une forte expansion de la ville avec l’installation de colons français en vue de l’exploitation de ces fortes potentialités naturelles. Le tissu traditionnel de Zaghouan, de par sa position centrale dans le tissu urbain, revêt un caractère et une importance capitale par rapport à la ville, tant par le poids du patrimoine immobilier qu’elle comprend, que par sa valeur historique et la richesse de son architecture spécifique. La prise en charge de ce tissu, en vue de sa revalorisation, s’impose aujourd’hui devant les menaces de sa dégradation et de sa marginalisation.

À Zaghouan, deux monuments d’architecture morisque constituent le coeur de la médina : la grande mosquée et la zawiya (mausolée).

 

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Fig. 9 : Le tissu urbain de la médina

La Grande Mosquée de Zaghouan

Edifiée vers 1615 par les Morisques qui repeuplèrent le site, elle s’élève en plein centre de la médina. Elle s’inscrit parfaitement dans les traditions ifrīqiyennes locales. Cette mosquée, à l’image de celles édifiées par les Morisques dans d’autres villes tunisiennes qu’ils ont fondées, reflète aussi les influences architecturales ibériques introduites par les immigrés andalous.

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Fig. 10 : Minaret de la grande mosquée de Zaghouan (à gauche).

Zawiya de Sidi Ali Azzûz

D’origine marocaine, Sidi Ali Azzûz s’installe dans la Régence de Tunis à l’époque de la dynastie muradite (1613-1705). Sa zawiya fut construite de son vivant à Zaghouan par son disciple Muhammad al-Hafsi Pacha (m. 1685), qui le vénérait. La confrérie Azzûziya, dont les oraisons, en partie de tradition andalouse, sont chantées et rythmées par des tambourins et des petites percussions, pratique son rituel hebdomadaire le vendredi soir. La confrérie a vraisemblablement connu son apogée au début du XVIIIe siècle, période durant laquelle apparaissent plusieurs zawiyas et branches locales : à Testour, à Tébourba, à Nabeul, à Ras Djebel et deux à Tunis. La zawiya mère à Zaghouan s’élève au centre de la ville et donne sur la rue de la Grande Mosquée. Le monument se présente sous la forme d’un complexe architectural dont les différents éléments s’organisent autour de trois petites cours. La salle funéraire, élément fondamental de l’édifice qui abrite le tombeau du Saint, est précédée d’un portique donnant sur une courette dallée. Cette salle carrée est couverte d’une grande coupole portée par des pendentifs par l’intermédiaire d’un tambour sphérique. L’oratoire, de plan rectangulaire et précédé d’une cour, se  distingue par sa simplicité.

L’apport des morisques andalous au Zaghouan ne se limite guère à l’aménagement urbain, mais aussi à celui des jardins, qui ont été aménagés depuis le XVIIe siècle en terrasses sur les piémonts orientaux de la montagne La médina, ou la ville arabe ou islamique, est dévalorisée et considérée arbitrairement par certains auteurs comme un urbanisme anachronique et désordonné, sale et gênant pour la circulation surtout moderne avec ses rues en labyrinthe, reflet des sociétés peu développées qu’elle abrite. Comment mettre en valeur ce patrimoine culturel architectural et urbanistique où l’on ne voit pas comme dans les villes moderne, l’avenue, la place, le trottoir ?

Ces villes maghrébines à la fois anciennes et neuves ont connu dès les années vingt du siècle dernier leur première réhabilitation. La ville traditionnelle, avec ses souks, ses lieux de culte, ses bains, madrasa, fonduks, etc., avec la disposition hiérarchisée des métiers au souk autour de la grand Mosquée et la séparation entre quartiers d’habitation et quartiers commerçants, nécessite donc une prise en charge et une valorisation.

Les projets de restauration et de mise en valeur du patrimoine du parc de Zaghouan

Cette action revêt plusieurs aspects : les uns sont archéologiques, les autres sont des projets de restauration ; enfin, une politique de mise en valeur du paysage culturel voit le jour.

Les fouilles archéologiques entreprises à Zaghouan concernent essentiellement le grand bassin elliptique du Temple des Eaux de Zaghouan. Elles sont dirigées par l’Institut National du Patrimoine (INP) et ont débuté en 2007 permettant la mise au jour de deux nouveaux nymphées.

La restauration, quant à elle, s’inscrit dans le cadre du projet « La Route de l’Eau » et vise à conserver et présenter les vestiges du Temple des Eaux et des monuments avoisinants récemment découverts. Des travaux de restauration ont commencé en août 2006 et continuent encore pour donner au visiteur une lecture plus aisée du monument, sans porter pour autant atteinte à son authenticité. Pour la présentation, plusieurs panneaux offrent aussi bien le tracé général du circuit de l’aqueduc que les composantes architecturales et les informations historiques des différents vestiges Sur le plan de la mise en valeur du paysage culturel, il faut d’abord signaler la soumission, par la délégation permanente de Tunisie auprès de l’UNESCO, d’un projet d’inscription du complexe hydraulique de Zaghouan à la WHL de l’UNESCO, le considérant comme étant une oeuvre architecturale et technique unique. Par ailleurs, et sur une échelle plus locale, nous notons l’importance du travail réalisé par nombre d’associations en organisant des circuits écotouristiques dans la région de Zaghouan. Le but de ces randonnées écologiques est de faire connaître le patrimoine culturel de la région, mais surtout de sensibiliser les visiteurs à la nécessité de préserver ce paysage culturel et naturel exceptionnel car la montagne de Zaghouan abrite de nombreuses et diverses grottes d’un intérêt certain pour les spéléologues. Les richesses géologiques, biologiques de Zaghouan et sa région présentent donc un intérêt scientifique et économique certain et ont incité les autorités à la création du parc national et à la présentation par l’Office national des mines d’un projet de géoparc qui vise à promouvoir et valoriser le site de Zaghouan.

Le patrimoine culturel et naturel de la région qui bénéficie depuis quelques années d’un bon nombre de projets visant à préserver la biodiversité de la région (projets initiés par l’administration des forêts), mais aussi à insérer la région de Zaghouan dans un réseau écotouristique d’espaces naturels dans la Méditerranée, comme en témoigne le projet lancé par le centre de coopération pour la Méditerranée, intitulé Plan stratégique de l’écotourisme: parc national djebel Zaghouan

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Fig. 13 : Plan de la ville de Zaghouan (Rapport de présentation du plan d’aménagement urbain d la commune de Zaghouan, Bureau d’études ART Concept, 2007).

 

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 Fig. 14 : Ville moderne et centre historique de la ville de Zaghouan